Vous faites un clic droit sur une image d'un site web, vous l'enregistrez, et vous obtenez un fichier .webp. Votre logiciel de retouche ne le reconnaît pas. Le formulaire où vous devez l'envoyer le refuse. Il y a cinq ans, ce format n'existait pas dans l'expérience de la plupart des gens. Aujourd'hui, il est partout.
L'ascension du WebP, d'expérience Google obscure à format d'image dominant du web, est une histoire de performance économique, de politique des navigateurs et de la lenteur des écosystèmes logiciels à évoluer.
Pourquoi Google a créé le WebP
En 2010, les images représentaient environ 60 % du poids total moyen d'une page web. Google, dont le modèle économique dépend de la rapidité de navigation, avait un intérêt majeur à réduire la taille des images.
Le WebP a été construit sur le codec vidéo VP8 — la même technologie de compression derrière la vidéo WebM. L'intuition de Google était que les techniques de compression vidéo, optimisées pendant des décennies, pouvaient être adaptées aux images fixes pour surpasser le vieillissant standard JPEG (qui date de 1992) et le format PNG, plus lourd.
Les résultats sont significatifs :
| Comparaison | Réduction de taille |
|---|---|
| WebP vs JPEG (qualité égale) | 25-35 % plus léger |
| WebP vs PNG (qualité égale) | 26 % plus léger |
| WebP animé vs GIF | 60-80 % plus léger |
Un format qui fait tout Le WebP est inhabituel car il supporte la compression avec perte (comme le JPEG), la compression sans perte (comme le PNG), la transparence/canal alpha (comme le PNG) et l'animation (comme le GIF) — le tout dans un seul format. Aucun format précédent ne combinait ces quatre capacités.
La lente marche vers l'adoption
Avoir un meilleur format ne suffit pas. L'histoire de l'adoption du WebP révèle comment la politique des navigateurs façonne le web :
- 2010 — Google lance le WebP. Seul Chrome le supporte.
- 2011-2014 — Opera ajoute le support. Firefox et Safari refusent, invoquant le risque de fragmentation des formats.
- 2018 — Firefox 65 ajoute enfin le support WebP après des années de résistance.
- 2020 — Apple ajoute le support WebP à Safari 14 et iOS 14 — le dernier grand récalcitrant.
- 2022-aujourd'hui — Avec le support universel des navigateurs, l'adoption s'accélère rapidement.
L'écart de 10 ans entre création et support universel explique beaucoup de choses. Les développeurs web ne pouvaient pas utiliser le WebP en toute sécurité tant que chaque navigateur majeur ne le supportait pas, car servir un format non supporté signifie des images cassées. L'élément HTML <picture>, qui permet de servir différents formats selon le navigateur, a été la technologie de transition qui a permis une adoption progressive.
Pourquoi tous les sites web l'utilisent maintenant
Les incitations pour les sites web à servir du WebP sont écrasantes :
- L'algorithme de Google intègre la vitesse de chargement dans le classement. Google PageSpeed Insights recommande explicitement le WebP. Ne pas l'utiliser fait baisser le score de performance.
- La bande passante coûte de l'argent. Un grand site e-commerce servant des millions d'images économise des milliers d'euros par mois en passant du JPEG au WebP.
- L'expérience utilisateur s'améliore. Une page avec 20 images de produits économise 2-3 Mo avec le WebP. Sur connexion mobile, c'est la différence entre un chargement de 2 secondes et de 6 secondes.
- Les CMS l'automatisent. WordPress convertit les images en WebP automatiquement depuis la version 5.8. Shopify, Squarespace et la plupart des plateformes modernes font de même.
Le résultat : quand vous enregistrez une image depuis le web aujourd'hui, vous obtenez presque toujours du WebP — même si l'original a été mis en ligne en JPEG. Le serveur détecte que votre navigateur supporte le WebP et sert la version optimisée.
Le problème de compatibilité hors navigateur
Le WebP fonctionne parfaitement dans les navigateurs web, ce pour quoi il a été conçu. Le problème, c'est que les images ne restent pas dans les navigateurs :
- Logiciels bureautiques — les anciennes versions de Word, PowerPoint et Excel ne supportent pas le WebP
- Éditeurs d'images — les versions antérieures à 2021 de nombreux éditeurs ne peuvent pas ouvrir les fichiers WebP
- Services d'impression — les imprimeurs en ligne exigent généralement du JPEG, PNG ou TIFF
- Formulaires administratifs — demandent presque universellement du JPEG ou du PNG
- Clients email — le rendu du WebP dans le corps d'un email est incohérent d'un client à l'autre
Cela crée un décalage frustrant : le web sert du WebP, mais de nombreux usages en aval exigent du JPEG ou du PNG. Le besoin pratique de conversion de format n'est pas près de disparaître.
| Contexte | WebP supporté ? |
|---|---|
| Navigateurs web (tous les modernes) | Oui |
| Visionneuses d'images Windows 11 / macOS Ventura+ | Oui |
| Microsoft Office (versions récentes) | Oui |
| Anciens logiciels, impression, formulaires | Généralement non |
AVIF : la prochaine génération
Le WebP n'est pas la fin de l'histoire. AVIF (AV1 Image File Format), développé par l'Alliance for Open Media (Google, Apple, Mozilla, Microsoft), promet des résultats encore meilleurs :
- 20 % plus léger que le WebP à qualité équivalente
- Meilleure gestion des détails fins et des dégradés
- Meilleur support HDR et gamut étendu
- Basé sur le codec vidéo moderne AV1
Le support navigateur d'AVIF progresse (Chrome, Firefox et Safari le supportent tous désormais), mais l'adoption suit le même schéma lent que le WebP. Il faudra probablement encore plusieurs années avant qu'AVIF remplace le WebP comme standard du web, et quand ce sera le cas, il créera les mêmes maux de tête de compatibilité que le WebP aujourd'hui.
Le cycle se répète : meilleure compression, adoption lente par les navigateurs, omniprésence progressive, puis une longue traîne de problèmes de compatibilité hors navigateur.
Pour aller plus loin
Quand vous avez besoin de convertir des images WebP pour une utilisation hors navigateur :
- Convertir une image WebP en JPG — conversion instantanée, traitée localement dans votre navigateur
- Convertisseur d'images — convertir entre tous les grands formats d'image
Les deux outils sont gratuits et traitent vos fichiers entièrement sur votre appareil.
